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Blog Woldenien de VOL DE NUIT

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Pour qui et pourquoi ?

Deux conversations Skype cet après-midi autour du thème “à quoi ça sert et à qui ça sert” avec deux personnes fortement impliquées dans les TIC innovantes… et deux bilans strictement identiques : la R&D TIC en micro-structure n’a de sens que si un marché leur donne une raison d’être.

Un marché

Un marché qu’est-ce que c’est ? Ce sont des clients qui achètent un produit ou un service. L’offre - ce que nous produisons comme produits ou comme services - est en relation avec ce marché : si le marché est inexistant ou peu actif (pas de demandes ou trop peu) alors l’offre est faible : peu de fournisseurs sur le marché. Si en revanche la demande est importante alors l’offre est pléthorique. Du moins en théorie.

Dans la pratique on constate que quand l’offre est plus importante que la demande, l’offre se restreint d’elle-même : c’est la fameuse “main invisible” qui vient réguler le rapport offre-demande. Dans ce cas de figure, pour remporter des marchés l’offre se tire généralement vers le bas, les prix des produits/services diminuent, et soit les fournisseurs accroissent leur productivité (produire plus et à un coût moindre) soit ils disparaissent après un dépôt de bilan. Quand inversement l’offre est moins importante que la demande, on assiste à un renchérissement des produits/services sur le marché. Ce renchérissement pousse alors d’autres fournisseurs à se mettre à produire à leur tour ces produits ou services, jusqu’au moment où offre et demande s’équilibrent.

Dans le domaine des TIC “classiques” la situation est simple. Lorsqu’on était 4 à Strasbourg à proposer du site web vers les années 1995-1996, l’offre était faible. Le marché aussi, mais un peu moins. Peu de demandes mais encore moins de prestataires donne un marché dynamique qui évolue de lui-même… Lorsque cinq ans plus tard tout le monde a voulu son site web - des grands comptes aux PMI-PME et institutions - il y avait déjà des dizaines de prestataires sur la place. Du coup,  au début des années 2000 les prix ont chuté pour se stabiliser un peu plus tard.

Dans le domaine des TIC “innovantes” c’est beaucoup plus complexe. Nous sommes toujours très peu de prestataires à en proposer, mais cette fois la différence c’est que le marché est quasiment inexistant. Du coup la logique économique voudrait simplement qu’on disparaisse : puisqu’on ne vend pas nos produits, nous n’avons pas de raisons d’être présents.

Les subventions

Les pouvoirs publics ont compris il y a longtemps que les “innovateurs” ne pouvaient pas exister selon les seules lois du marché ; ils ont donc mis en place des dispositifs pour financer les R&D innovantes le temps que celles-ci trouvent leurs marchés et que des commandes viennent relayer le financement public. A ce moment-là l’apparition d’une “demande” peut faire exister une “offre”, et cette demande ira croissante jusqu’à ce que l’offre s’équilibre et que le marché se stabilise. C’est le principe de la subvention publique. Tout le monde s’y retrouve : les pouvoirs publics parce qu’ils stimulent la croissance, les clients parce qu’ils achètent un service ou un produit dont les coûts de R&D ont déjà été payés, et les prestataires parce qu’ils peuvent mener leurs recherches hors-marché, donc dans une relative sécurité.

Mais ce système de subventions a introduit trois effets pervers : le premier c’est que pour bien des innovateurs il a été finalement préférable de continuer à “chercher” plutôt que de “développer leur marché” - d’où l’inflation de labos subventionnés sans réel contrôle et surtout sans obligations de résultats -, le second a été une professionnalisation des “chasseurs de subventions” qui ont appris à monter des dossiers “finançables” - souvent dans le seul but de se payer sur ces financements publics sans trop se soucier non plus de résultats - et le troisième effet pervers a été qu’au final le public a payé deux fois le produit ou le service : une première fois par ses impôts qui ont financé la R&D et une seconde fois quand il l’a acheté sur le marché.

La commande publique

Il existe donc une troisième voie qui permet aux innovateurs d’innover et au public de ne payer qu’une seule fois : la commande publique.

Contrairement à la subvention, la commande publique est assortie d’une exigence de résultats : la collectivité achète un produit ou un service innovant pour en faire bénéficier le public. Si après cette commande le prestataire en fait un “objet de marché” et trouve à le vendre ailleurs ça ne regarde que lui.

Le bénéfice direct de la commande publique est donc double : la collectivité achète quelque chose et le prestataire vend quelque chose. En répondant à la commande publique le prestataire finance sa R&D par un revenu qui couvre ses recherches, et pour sa part la collectivité finance une R&D encore sans marché.

Une fois la commande livrée - et donc le produit ou service prêt à être commercialisé sur le marché - le territoire s’est enrichi d’une triple manière :

  • d’abord le public a bénéficié d’un produit ou d’un service mis à disposition par la collectivité publique,
  • ensuite le prestataire a développé son produit ou son service au point de pouvoir le proposer au marché,
  • enfin une demande se créée par l’apparition sur le territoire de ce service ou de ce produit.

La stratégie de commande publique semble donc être la meilleure réponse sociétale en absence de marché.

Commandes ou marché ?

Alors concernant les TIC “innovantes” où en est-on en Alsace ? Nulle part. Il n’y a globalement - à de très rares exceptions près - ni commandes publiques ni marché capable de faire vivre les innovateurs.

Certaines grosses structures locales sont financées sous forme de subventions - certaines allant jusqu’à 500 000 euros, voire plusieurs millions annuels -, certaines plus petites vivotent sur des micro-niches de marché dans une précarité dangereuse - perdre leur seul client peut arriver à tout instant -, d’autres enfin à mi-chemin s’en sortent plus ou moins par la production de services attendus par le marché - sites web par exemple - à 50% de leur temps, les 50% restants étant affectés à la R&D innovante en auto-financement… autant dire sans financement. C’est le cas de Vol de nuit. Mon cas.

Ni marché…

Ceux et celles qui suivent mes bricolages en R&D sur Facebook ou Twitter doivent se rendre compte que cela représente énormément de temps d’apprentissage, de recherche, de développement et de tests de toutes sortes. Chaque (disons presque chaque…) nouveauté TIC, que ce soit en réalité augmentée, en univers virtuels, en réseautage, en applis mobiles, etc. est suivi d’une offre commerciale par contact direct, ou par téléphone, ou par mail, ou par MP dans FB/Twitter avec un prospect, un client potentiel.

Je crée un outil d’échange entre mondes virtuels et sites web via smartphone ? …je le propose à l’Université ou à l’INSA ou ailleurs.

Je monte un système de retransmission d’événements en univers virtuel ? ….je le propose à l’Opéra du Rhin.

Je crée 6 RA (réalité augmentée) dans le magazine du CG ? …je propose aux DNA d’éditorialiser leur magazine Reflets par de la RA.

Je construis un outil de tourisme augmenté en RA type Atlas des Monuments ? …je propose une version localisée à l’ADT en charge du tourisme dans le Bas-Rhin.

Hé bien jusqu’à ce jour j’ai reçu exactement… 0 réponse. On appelle cela un marché inexistant.

…ni commandes publiques

ou presque. A l’exception notable d’un de mes contacts au sein du Conseil Général qui a pleinement compris l’enjeu et le rôle des collectivités dans l’émergence et le soutien aux initiatives locales innovantes hors grosses structures institutionnalisées, toutes les approches en direction des collectivités pour proposer des solutions TIC clé-en-main, des accompagnements en élaboration d’outils numériques ou la mise à disposition publique de systèmes innovants se sont soldées par une non-réponse. On appelle ça une absence de stratégie de commande publique.

Pourquoi et pour qui ?

Du coup le bilan de ces échanges de la journée est tristement convergent : pourquoi passer ces heures, ces nuits, ces week-ends à développer des solutions dont personne ne veut ? Pour qui concevoir, élaborer et développer des outils dont personne n’a besoin ?

Plusieurs points de vue sont possibles.

Le premier est de dire qu’effectivement ces outils et solutions ne répondent à aucun besoin, et donc qu’il est inutile d’investir une seule minute ou un seul euro là-dedans… Pourquoi alors dans d’autres régions ou d’autres villes de tels outils ou de telles solutions sont utilisés et font l’objet de commandes ou sont objets de marché ?

Le second est de dire que, me concernant, l’offre Vol de nuit n’est pas adaptée aux besoins ou aux attentes du marché ou des collectivités… Pourquoi alors ne voit-on pas d’autres prestataires vendre leurs solutions ou leurs outils au marché ou aux collectivités ?

Le troisième est de dire qu’il est trop tôt et que les besoins pour de tels outils ou solutions ne viendront que dans deux ou trois ans… Pourquoi alors les prospects répondent-ils le plus souvent que oui, tout cela représente évidemment l’avenir, mais qu’ils ne se sentent pas directement concernés ?

En conclusion se pose avec acuité la question du maintien de cette activité énormément chronophage mais sans aucun résultat. Alors que tous les rapports, études, livres blancs, analyses montrent que la région souffre d’une piètre image et d’une faible attractivité dans le domaine des TIC que devons-nous faire, chacun à sa place, pour que les choses avancent ?

La question reste ouverte.