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Blog Woldenien de VOL DE NUIT

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et des raisons historiques…

On peut ensuite se demander pourquoi c’est comme ça et pas autrement.

La principale raison à mon avis est liée à l’historicité même des dispositifs de financements. Conçus à l’origine pour accompagner une démarche industrielle (qui dit démarche industrielle dit locaux, machines, employés, méthodologie de production, etc.) ces dispositifs ont élaboré au fil de temps des protocoles d’analyses du risque intégrant les facteurs inhérents spécifiques au monde industriel. Ils ont également intégré des grilles de projection sur 3 ou 5 ans fiables, tirées d’observations menées pendant des décennies. On peut donc supposer que d’une façon ou d’une autre ces protocoles et méthodes d’analyses ont lentement migré du monde des financeurs à celui des créateurs d’entreprises, ne serait-ce que parce que ces protocoles ont prouvé au fil du temps leur efficacité. Il y eut probablement dans cette migration un gain de temps appréciable pour tous - un peu comme le malade qui viendrait chez son médecin avec le diagnostic tout prêt ; ce dernier n’aurait alors qu’à le valider d’un simple coup d’oeil au dossier, sans avoir à ré-ausculter le patient de haut en bas.

Ces business-plans, dont la production est ainsi lentement passée des financeurs aux créateurs, sont-ils adaptés aux conditions modernes de production numérique, aux micro-structures ou aux PME, aux micro-projets innovants ? En d’autres termes, le modèle industriel sur lequel ils assoient leur pertinence est-il décalquable à l’identique pour le modèle numérique ?

Les pratiques actuelles affirment que oui : quand mon banquier ou un organisme (public ou privé) de financement me demande mon business-plan, il me demande en fait de démontrer que ma démarche (ou mon produit, ou mon service) est de type “industriel”. C’est-à-dire qu’on puisse lui appliquer les méthodes et grilles éprouvées par l’histoire. Et si elle ne l’est pas, en devient-elle pour autant condamnée aux poubelles des projets morts-nés ? Oui, on l’a tous un jour vérifié.

La conséquence de cette attitude est double : d’une part elle condamne à la non-existence des projets ou des produits qui autrement peut-être eussent amélioré l’une ou l’autre chose en ce bas monde, et de l’autre elle contraint de créateur à inféoder sa création à une modélisation dont elle ne relève pas - ou pourrait éventuellement ne pas relever. Il s’ensuit, en modifiant la création pour la rendre conforme aux modèles “classiques”, que celle-ci peut au passage perdre sa capacité à être novatrice ; en devenant “bankable”, elle peut devenir partiellement inutile ou d’une utilité moindre. Il y a là un paradoxe.

C’est de ce paradoxe que naît d’une part la méfiance du financeur et la frustration du créateur. L’un s’engage financièrement sur un projet qui, en partie à cause de sa propre attitude, risque de ne pas trouver son marché ; l’autre développe une activité - financée cette fois - qu’il perçoit comme dévoyée de son projet initial et qu’il sait plus ou moins condamnée à échouer, totalement ou partiellement.

Ce paradoxe, au lieu de mener à un consensus vers le haut (chacun apporte son savoir-faire et ses compétences pour réussir ensemble) mène le plus souvent à consensus vers le bas : la résultante de la négociation est une double frustration, insuffisance des revenus générés par l’investissement d’un côté, sentiment d’être “passé à côté du projet” de l’autre.

Ceci est le point de vue d’un créateur. Il serait bon d’avoir le point de vue d’un financeur pour creuser un peu cette question paradoxale qui, si elle ne se résoud pas de façon satisfaisante pour les deux parties, nous fera à tous plus de tort qu’elle ne fera avancer les choses.

  1. woldenavro a publié ce billet